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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

Les binious de la colère

René fabrique des binious. De jolis binious que tout le monde s'arrache tellement ce sont de jolis binious avec un son à nul autre pareil. Mais face à la demande croissante, René dû embaucher d'autres Renés à son image qui fabriquaient avec lui encore plus de binious. L'argent coulait à flot. Un jour, le peuple commence à se lasser des binious de René & Compagnie. Alors, René demande à René du design de créer un nouveau biniou encore plus beau. Il demande en même temps à René de la technique, d'agrémenter le biniou nouveau de pleins de choses inutiles dont personne n'a besoin mais qui demain seront totalement indispensables. Très vite, et comme c'est la mode, le bon peuple bêlisant achète les nouveaux binious plus jolis et très performants encore plus chers, et les affaires de René tournent bien.
Seulement voilà, comme dans toutes les histoires il y a de la péripétie contrariante qui donne des problèmes de digestion, à 100 mètres de chez René, ouvre une nouvelle usine de binious. Roland le patron est sûr de lui, il commercialise le même biniou que René, mais deux fois moins cher parce que, par une astuce de connard, inhumaine mais économique, il fait travailler des petits ratons-laveurs orphelins et pieds-bots en Papouasie orientale du nord-ouest. Le peuple qui subit une crise économique de plein fouet parce qu'ils l'ont dit à la télé, délaissent les binious de René et achètent les binious de Roland, qui sont, je le rappelle, exactement les mêmes, mais moins chers de moitié et le peuple est content car avec l'économie réalisée il peut en plus s'acheter et posséder un bilboquet.


50 illusions d'optique : aujourd'hui, la vie en entreprise...


René est catastrophé, les courbes fléchissent aussi vite que l'intérieur de son slip. Comme il a des comptes à rendre à des gens qui investissent des glands pour lui (oui, l'unité monétaire de notre histoire est le gland) et qu'il doit pas mal leur cirer les pompes voire leur pomper le cirage, René ne peut pas embaucher plus de personnel, pas plus qu'il ne peut commander un nouveau business-plan, ni acheter une Nespresso pour ses employés. Et comme il a viré René du design et René de la techno, il est coincé. Alors, René cherche un moyen d'être plus productif tout en réduisant les coûts, tout en ne payant plus son personnel, ou alors qu'une fois tous les 6 mois.
Et là, l'idée lui vient un soir de biture au détour d'un zinc lorsque le serveur lui apporte une mousse : LA PRESSION !
Aussitôt dit, aussitôt dit, dès le lendemain il fronce le sourcil pour se donner un air méchant, et il impose une cadence infernale (issue des enfers donc), en demandant des livraisons pour la veille. Le résultat fut spectaculaire. La production de binious doubla, tripla, quadrupla, autant que les ordonnances d'anti-dépresseurs de ses esclaves...euh... de son personnel. Veuillez m'excusez, je m'emballe.
Roland dépassé par la réaction inopinée de René vira ses ratons-laveurs et, anorexie budgétaire oblige, dû engager des chenilles hépatiques marocaines. Comme elles ne coûtent rien, se suffisant d'occuper leurs journées, Roland augmenta considérablement sa marge, a tel point que comme ce grand connard de patron de Totil, fournisseur en carburant de caisses à roues, vira son pognon dans des paradis fiscaux et évita ainsi, tout prélévement imposé de manière forfaitaire que quand t'es trop riche, c'est indécent, t'as pas le droit d'en payer.
Chez René, la grève générale, ou débrayage collectif, ou encore -allez tous vous faire foutre, en groupe- couvait. Mais René, maîtrisant parfaitement la technique de l'apeurement* en fronçant son sourcil comme le méchant des dessins-animés, parvient à maîtriser ces envies de rebellion. Et lorsque René du syndicat vint renifler le caca derrière le fourré et le tonnerre qui grondait, René agita devant lui le spectre de l'intéressement tombé à zéro, tant et si bien que tout le monde se remit au travail.
Après quelques années, l'entreprise de Roland suivait son rythme de croisière. Les chenilles mouraient jeunes, mais tout le monde s'en foutait à part quelques ONG qui leur firent construire un puits censé leur donner de l'eau, mais qui se transforma en puits sans fond et en charnier à partir du moment où les chenilles se jetèrent dedans les unes après les autres, très vite remplacées par leurs progénitures programmées pour faire du biniou.
Dans l'usine de René, le petit personnel était sonné, comme anesthésié. Plus personne ne réagissait lorsque René administrait 50 coups de fouet à celui qui livrait le jour même alors qu'il devait livrer la veille un travail demandé le matin même. René gardait le sourcil froncé comme un méchant de dessin-animé, et cela avait entraîné une sorte d'hypnotisme collectif au sein du personnel. D'ailleurs, lorsque René arracha le bras de René la standardiste et qu'elle gît seule dans le couloir, le personnel, marchant droit devant le regard fixe vers la chaîne de montage des binious n'y prêta pas attention. René de la ressource humaine (oui, il n'y en a qu'une) se réveilla neuronalement après avoir bu un Redbull et proposa à ses collègues Renés de tous bords d'entreprendre une action collective pour faire changer le système. On lui demanda de s'occuper de ses affaires, de faire des cakes aux abricots, et tous les Renés en choeur répétérent de longues minutes : "c'est pire ailleurs, c'est pire ailleurs, c'est pire ailleurs" tel un cantique de larves robotisées élevées et dressées aux chèques Cadoc. Plus aucune tentative ne fut tentée.



Les binious étaient devenus des objets indispensables à la vie, comme le prolongement du bras. En plus de faire biniou, les nouveaux binious préparaient la Ricorée, faisaient les devoirs des gosses, et mixaient des smoothies à la banane. Le peuple moutonneux ne pouvait plus vivre sans, certains préféraient arrêter de respirer et se laisser mourir s'ils venaient à perdre leur biniou. D'autres, délirants, arpantaient les rues en sussurant ou criant : " mon précieux !".
On répétait au peuple que le biniou permettait d'exister et d'être parce que l'on avait. On tuait pour des binious. Et ceux qui les fabriquaient mouraient pour faire naître un objet qui ne nourissait que l'égo et l'individualisme ambiant.


Final tragique et soudain (et conclusion dramatique) : heureusement, une météorite s'abattit sur la Terre et détruisit tous les binious et surtout...toute l'humanité.

* Apeurement : action délibérée d'une autorité consistant à semer la peur pour en tirer un profit politique ou autre, et une réduction des libertés publiques.

 

 

 

 

Quand l'Homme subit et abandonne tout libre-arbitre pour se fondre dans la masse et obéir à des dictateurs autoproclamés par la religion fric, il se rapproche chaque jour davantage de son alter égo, le robot...Pleurons mes amis ! (punaise, ça devient une secte ici ou quoi mec ?)

 

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Sékateur 18/07/2011 14:27


Là aussi, j'imagine que c'est de la pure fiction, et que toute ressemblance, analogie, ou je ne sais quoi en rapport avec des faits réels ne serait que purement fortuite...


Pifou 13/07/2011 08:32


C'est sûr que mon patron ne va pas me faire le coup de l'intéressement à zéro, vu que je n'en ai pas.
Les menaces et diverses brimades affectent moins que ce qu'ils pensent, car mon salaire misérable me suffit à le rendre moins misérable, en fait, car je suis un virtuose de l'économie (non non, je
ne spécule pas en bourse).

Tant que les Renés seront concurrencés assez déloyalement par des branleurs de "délocalisateurs", il est de fait que la pression se fera plus prégnante sur les masses salariales qui, du reste,
n'avaient pas à se mettre de crédit sur le dos et à dépenser comme des cons, ce qui leur permettrait de moins subir la pression de ces empaffés du bulbe arthritiques.
Camarade, accroche à ton coeur un morceau de chiffon rouge, un chiffon couleur de sang ! Heu.
Bon, cela étant dit, j'espère prendre ma retraite à 40 ans (je suis vachement progressiste hein?). 50 ans au plus. Quoique non 45 au plus, car je ne pourrai pas supporter les chefs et petits chefs
aussi longtemps.


requiem29 12/07/2011 10:42


Excuse moi d’être venu commenter avec du retard, mais j'étais en train de ramasser du bois pour dresser ton bûcher : des binious industriels ? Argh !
Joli talent de conteuse, ceci dit, et métaphore hardie. On verra si ça brûle bien