une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde
27 Mai 2011
3 minutes 30. C'est la durée d'une chanson. C'est aussi la durée de la chute du vol AF 447 Paris / Rio avec son crash fatal en mer, et ses 228 morts qui ont terminé leur course, et leur vie à 4000 mètres de profondeur. Je n'arrête pas de penser à ce chiffre. C'est fou, savoir qu'il y a eu 228 morts est une information qui passe et survole mon esprit. L'habitude des catastrophes, probablement. Mais ces 3 minutes 30 me font froid dans le dos. TROIS MINUTES ET TRENTE SECONDES : soit un temps ridicule à l'échelle de l'humanité, une durée feu de paille dans une vie, une éternité quand vous savez que vous allez mourir. Le temps est élastique, les sensations par rapport au temps qui passe changent quand on prend de l'âge, et puis il y a le temps qui prend son véritable costume de l'illusion lorsque vous vivez quelque chose de précis. 3 minutes 30 étendue sur une plage à rêvasser, passent trop vite, mais 3 minutes 30 d'un examen du colon ou d'un concert de flûte traversière n'en finissent pas.
Je me demande ce qui s'est passé pendant ces 3 minutes 30 interminables pour les 228 humains du vol AF 447. Ils savaient que ça se passait mal ; l'avion chutait. Que se passe t-il à ce moment là, à quoi, à qui pense t-on ? A t-on le temps de penser à des choses censées, ou le cerveau capricieux bute t-il sur une connerie : "rhaaa merde, j'ai pas débranché la cafetière avant de partir !".
Ont-ils appelé leurs familles, leurs amis pour dire adieu : "allo papa ? Oui bon écoute, pour l'ouverture d'un P.E.L, c'est plus la peine" et surtout, y'a t-il du réseau 3G à cette hauteur ? Je plains les clients de Bouygues Télécom. Mal choisir son opérateur, ça peut ruiner une vie. Certains ont du prier, d'autres terminer leur grille de sudoku, d'autres encore rendre leur déjeuner, et d'autres encore, des amoureux, se serrer une dernière fois.
La mort n'est tolérable que lorsqu'elle vous prend par surprise. Pas besoin d'anticiper, d'y penser, elle s'approche et vous prend, fin de l'histoire. Mais lorsque vous le savez 3 minutes 30 avant la fin, que se passe t-il vraiment ? Quels mécanismes le cerveau met-il en place pour que le trépas soit le plus serein possible ? Et voit-on vraiment sa vie défiler ? Pendant 3 minutes 30, on doit se dire : "c'est pas possible, c'est comme ça que ça doit finir ? Putain mais on m'avait dit que l'avion était le moyen de transport le plus sûr ! Et puis, dans l'horoscope de Biba, y'avait marqué -wow, une grande semaine, vous allez enfin prendre votre envol- MerdeUuUuUuu !"
Cela me rappelle un conte : celui d'une sorcière qui avait un oeil de verre. Lorsque l'on regardait dans son oeil de verre, on voyait quand et comment on allait mourir. Des enfants venus la défier virent leur fin. Pour l'un deux, c'était une mort paisible à un stade de vieillesse avancée, pour l'autre un autocar dans la tronche vers 40 balais, mais le dernier se voyait pendu, et jeune. Il passera le reste de sa vie à se demander pourquoi, lui qui n'avait jamais pensé à la mort, aurait pu finir par se pendre, qu'est-ce qui pourrait le pousser à une telle extrêmité. Ereinté par l'angoisse, il finit pendu.
Ce n'est pas humain de savoir quand on va mourir. L'avion permet cela pendant 3 minutes 30, très longues, comme une éternité avant le grand plongeon.
Pour finir sur ce moment de joie avant le week-end, je voulais dire qu'internet, parfois, m'ulcère. Lorsque vous cherchez des infos sur le crash du vol AF447 Paris / Rio, entre les dépêches annonçant le repêchage des boîtes noires ou la reconstitution des corps, enfin les essais de reconstitution des éponges, des annonceurs proposent des billets d'avion Paris / Rio à -50%.
- 50% pour 3 minutes 30 d'enfer. Cet été, la mort est en soldes.
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Petit album souvenir : l'avion, c'est trop super ! (ou Roger rate ses atterrissages)