une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde
27 Mars 2013
Les livres font partie intégrantes du devenir de notre civilisation. Et la génération qui arrive, portée actuellement par des minauds âgés de seulement quelques années, ne doit pas faillir si on veut éviter de finir en concassé de chou-fleur.
Ainsi, lors de ma visite au Salon du Livre de Paris, j'ai pu feuilleter les oeuvres littéraires destinées à notre fougueuse jeunesse.
Autant vous dire que j'ai été surprise.
Dès 0 an (oui cette âge existe) les auteurs n'y vont pas avec le dos de la pelle : décès, destins tragiques, enfants abandonnés dans des forêts, loup qui mange des gens, crottes de nez prénommées Jean-Paul, vomitoland et cacas divers et variés, tout y passe.
Il me semble me souvenir que, petite, mes livres tournaient autour de faits heureux ; j'en avais un palpitant qui comptait la quête d'un petit chien attiré par une odeur de riz au lait et qui, la truffe attisée par la divine effluve, avait creusé sous une palissade pour s'enfuir et retrouver le met tant convoité. Evidemment, la gourmandise étant un vilain défaut (ce que je ne pense plus du tout aujourd'hui), le petit chien avait été puni puisqu'il était resté coincé derrière sa palissade. Heureusement, tout finissait bien autour d'une Danette. Comme vous pouvez le constater, dans les années 70, les thématiques étaient plutôt légères et pimpantes.
Mais 40 ans plus tard, le monde a changé et aujourd'hui, il faut préparer nos duveteux au chômage, aux lasagnes de cheval, à l'huile de palme, et à l'inconstance humaine.
Je suis tombée sur une nouvelle version remixée 2.0 du petit chaperon rouge. Une version en laine de tricot avec des images brutales et choquantes à l'intérieur. Bouquin conseillé à partir de 3 ans.
Deux images ont particulièrement retenue mon attention, voici la première :

Je ne sais pas vous, mais moi cette image me fait flipper un max. On sent tout le poids pesant sur la frêle tête du petit chaperon qui, avouons-le, n'a vraiment pas de bol. A chaque fois qu'elle ramène un petit pot de Nutello à sa grand-mère, incapable de se déplacer et qui passe ses journées allongée à regarder les séries chialouses de M6, elle se fait pécho par un loup.
Le loup ici pleinement prédateur, qui permet à nos enfants de comprendre que, lorsqu'un individu avec de grandes oreilles et une touffe à la place de la queue les emmène dans un bois, ben c'est bizarre et il faut vite s'enfuir loin, très loin.
Analysons ensemble de plus près cette scénette de tragédie en forêt de Fontainebleau :

Vous voyez déjà les choses différemment.
Maintenant, essayons d'imaginer ce qui se dit entre les deux protagonistes grâce à mon traducteur de bulles :

Hihihi...
Passons à la seconde image qui m'a encore plus défrisée le scalp. Accrochez-vous et rappelez-vous que nous sommes plongés dans un petit bouquin pour les ch'tites n'enfants innocentes qui croient encore que des cloches peuvent voler et transporter du chocolat.

Oh mais comme c'est joli ce loup gisant, traîné à terre comme une vulgaire chiffe molle par un taré sorti tout droit de l'Amour est dans le pré ! Comme c'est joyeux un cadavre tirant la langue, les yeux révulsés, le corps déjà prisonnier de la raideur post-mortem. On imagine l'odeur de cadavre déjà pourrissant, de sang séché et des vieux relans merdiques de la ferme.
Faisons rêver les enfants allez ! Après tout c'est pas comme si la vie était dure hein, autant plomber l'ambiance au commencemment, ne pas laisser l'enfance baignée d'innocence et de poneys multicolores, allons droit au but, parlons mort violente à la hache, parlons vers qui bouffent les chairs, parlons de souffrance, de vengeance, de douleur...
Encore un lobbying des fabricants de Nutello ça !
Tentons de décrire cette abominable scène qui va faire faire des cauchemars aux enfants, entraînant une fatigue accrue des parents, entraînant l'arrêt intempestif de la vie sexuelle, entraînant elle-même disputes voire violences conjugales et découpage en petits morceaux de l'intégralité de la famille. Vous remarquerez à ce propos, que depuis 3 articles, j'aime bien vous conter des atrocités, c'est normal, c'est le printemps, mes pulsions s'éveillent à la vie.

Et maintenant, machine à traduction de bulles pour voir un peu ce qui se trame dans cette scène bucolique chic :

Moralité : on est mal barrés !