une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde
24 Février 2011
Je suis outrée. Ce midi, en revenant de la Poste (dans laquelle des gens s'enguelaient, la routine quoi), j'ai croisé une dame d'un âge certain, tailleur, probablement cadre dans une des demi-tours de la porte d'Orléans, revenant des courses pour sa pause déjeuner. Et, n'y tenant plus, assaillie par la faim, elle était en train de déballer une Vache qui rit.
La Vache qui rit c'est au fromage ce que les Mon Chéri sont au chocolat.
La Vache qui rit, outre son enracinement profond dans la conscience collective française, est le fromage que l'on donne au palais peu tolérant des enfants. Rappelez-vous quand vous étiez gosse, tout semblait dégueulasse sauf les Pépito, les Kinder Surprise et les Granola. Il fallait donc ménager nos frêles et jeunes papilles avec des aliments sans goût, comme la Vache qui Rit qui n'a pas plus de saveur qu'un bout de gomme.
Qu'un adulte consomme ce genre de produits en dit long sur sa richesse papillaire et sa curiosité gastronomique. Certes, on a tous nos petits pêchés de saloperies consommables, mais je ne comprends pas que l'on puisse manger de la Vache qui rit après 30 ans. Ceux qui me connaissent vont hurler et crier à la trahison, puisque, à part la Vache qui rit et les Kidiboo en bâton, je n'avalais strictement aucun fromage (bon la Moza, ça compte pas). Et puis, on m'a initié. Certains tests n'ont rien donné, je conchie toujours autant les fromages champignonnés ou ceux issus d'une bique qui pue (avec de la cendre de mégots tout autour). Mais, comme j'aime l'aventure, je suis passée du Kiri au Maroilles ou au Munster, et rien que pour ça nom de Dieu, j'ai le droit de coller ma main droite dans la tronche de cette mangeuse de Vache qui rit.
La mode emporte tout, même l'intelligence
J'aime cette sublime phrase du Sieur Pelloux, imprimée dans son article hebdomadaire sur le monde cruel des hôpitaux et des dégâts causés par le gouvernement actuel, le tout à lire dans le non moins excellent Charlie Hebdo (page 7).
La mode rend con, c'est vrai. Lady Gaga se pointe à une cérémonie avec du steak hâché sur le corps, hop, tout le monde en fait autant. Ah non tiens, personne n'a suivi le mouvement. Bizarre. Faut dire la Gaga elle met la barre un peu haut. Qui va se pointer à sa réunion "répartition du budget 2011 dans nos différents secteurs d'activité" avec des lardons sur les bras ? Personne, à moins d'avoir les fils qui se touchent (ou avoir pris du Médiator pendant plus de 10 ans).
Heureusement, d'autres modes ridicules arrivent à abolir notre intelligence. C'est le cas du retour soudain et inopiné du Perfecto, ce blouson en cuir moche avec des boutons en métal et des pendouillis de lanières et de fermetures éclairs un peu partout. Devenu le top du ringard, porté par Patrick Swayze dans Dirty Dancing, tombé dans l'oubli le plus total, le Perfecto revient en force, et en porter un fait de vous une fashion victime en totale adéquation avec son temps.
Côté casquette, on croit voir Axel Bauer à l'époque du Cargot de nuit, ode thalassienne et gay aux marins. Aujourd'hui, ce total look beret / perfecto / moue virile revient à la mode, et on pourra même descendre ses poubelles dans cet accoutrement.
Le slim a lui aussi fait pas mal de dégâts collatéraux. Plutôt bien porté par les jeunes prépubères à 0% de matières grasses, le dit slim devient juste un emballage à saucisson lorsque son porteur a abusé de Double Cheese avec ses 5 steaks hâchés et ses frites à l'intérieur. Mais c'est la mode, donc on le porte. Aucune réflexion intelligible là-dedans, c'est juste qu'une connasse dans un bureau a lâchée l'idée que tel vêtement serait à la mode au printemps, pour que toutes les autres connasses lectrices de Bibo ou de Cosmométropolitain suivent l'idée.
En plus la mode du slim (dans les vêtements comme dans nos appareils numériques) est en totale contradiction avec la surbouffe programmée par les grandes industries alimentaires.
Petit défi du jour : faire entrer un hamburger dans un slim...
La mode de la mèche de Justin Bieber a affolé des millions de jeunes donzelles, et le grand philosophe qu'est Justin auquel on doit la très belle maxime "Never Say Never" que l'on peut traduire par "Ne jamais dire jamais", vient de mortifier la moitié de la planète en se coupant les cheveux en mode G.I. Le résultat ne se fera pas attendre, tous les petits collègiens vont passer chez le coiffeur.
Le plus grand exemple de l'histoire de la mode qui rend con ? L'iPhone. Il y a encore un an, ne pas en avoir un, faisait écho à un échec dans sa vie professionnelle et sociale. Qui a vraiment réfléchit à ce qu'était cet appareil et à quoi il pourrait vraiment servir au quotidien ? Personne. On l'a tous, parce que c'est comme ça, parce que l'iPhone c'est notre troisième bras. Les lobotomisés que nous sommes attendons fiévreusement les nouveautés de la firme à la pomme. Aujourd'hui, avoir un iPad montre que l'on a réussit et que l'on a des responsabilités. Demain, il servira à caler des meubles.
Parce que des révolutions technologiques il va y en avoir des dizaines chaque année, d'autres tablettes tactiles et numériques vont débouler et un beau jour, comme dans Wall-E, les humains seront multiconnectés et totalement à côté du monde réel.
"Wouaiii, super ! J'en ai deux !" Deux quoi ? Deux bras ? Deux neurones ? Deux testicules ?
Moralité sous forme de question pertinente
Vous êtes vous posé cette question : en nous déconnectant du monde réel, sommes-nous plus facile à enfiler ?