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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

Promesses du matin, café noir et gueule de bois

Jean Guitton, philosophe français décédé en 1999 a dit ceci à propos du temps (qui passe, pas le temps / climat d'Evelyne Dehliat) :
"Je n'aime pas les choses qui se terminent. Je n'aime que les commencements. Je vis dans le temps qui commence. Car il contient la promesse de tout ce qui va suivre".
Je crois, non je suis sûre que cette citation me correspond. Vous allez me dire : "mais on s'en fout un peu, raconte nous encore des histoires rigolotes avec des connards", et je vous réponds, patience. Dans la semaine, retour des romans-photos avec joyeux parallèles sur l'actualité riche de ces dernières semaines. Je reprends donc ma rédaction égocentrique d'actrice/spectactrice de la génération X dont je fais partie (la génération Y étant celle représentée par les 18-30 ans), membre active de Facebook vitrine du sur-moi exacerbé dans laquelle je suis tombée avec, et je n'en ai pas honte, délice et gourmandise.
Parler de soi c'est bien de temps en temps, donc je ne vais pas m'en priver aujourd'hui, car se faire plaisir permet de vivre plus longtemps.

Je hais les fins. Ca a commencé quand j'étais petite ; j'ai vu Star-Wars à sa sortie en 78, j'avais 5 ans, et à la fin, j'ai chialé. Non pas parce que j'avais le trouillomètre à zéro, l'esprit envahit d'images nouvelles et fantastiques, mais parce que le film était fini. Idem pour le Choc des Titans quelques années plus tard. Je ne pouvais pas admettre que ce soit terminé, c'était au-dessus de mes forces de loutre. Cette phobie de la fin ne m'a jamais quittée. Je n'admets pas la fin de Noël, je conchie la fin de l'été, je pleure sur la fin d'un magazine adoré, j'ai envie de m'ouvrir les veines avec un trombone quand une série de bouquins qui me hante s'achève, je développe des angoisses irraisonnées quand je dois quitter ma famille, et par-dessus toute la montagne de mes peurs, je ne peux pas imaginer sereinement la fin de la vie.
Certes, je ne suis pas naïve, j'ai compris le fonctionnement de la Nature qui est là, sans se poser de questions, sans se soucier de notions de Bien et de Mal, se contentant d'être et de disparaître. Il n'y a rien à y comprendre, on  naît, on vit, on meurt, comme tout ce qui est sur cette Terre, et cela n'a pas de raison, c'est un cycle immuable et imbattable.
J'ai longtemps cru que mes proches et moi pouvions rester ensemble et vivant pour toujours.
La mort ? Pour les autres, pas de ça chez nous !
A 38 ans, je me suis fait une raison, et je ne peux mettre aucun mot sur la terreur qui siège en moi lorsque je pense à la disparition des proches, et bien sûr, de ma propre disparition. Difficile pour mon esprit encore rempli d'arc-en-ciel et de Goldorack Go de penser qu'un jour, je serai, comme tout un chacun, dans le non-être, le rien, le néant le plus absolu. Et c'est bien une peur idiote d'humain que d'avoir peur du vide, puisque, par définition, il n'existe pas et la non-existence empêche toute pensée et toute souffrance.
On le sait maintenant, peu de morts s'inquiètent une fois au tombeau : "oh merde, j'ai oublié d'eteindre la cafetière !".

A contrario, j'aime passionnément les commencements. Entamer un Kinder Délice est jouissif, et démarrer une nouvelle histoire d'amour est sûrement l'événement le plus orgasmique de la vie. Enfin ça l'est, en ce qui me concerne. Le début d'une histoire, vous savez, ce moment où rien n'est fait, mais où l'on sent les prémices de quelque chose d'imminent, ces instants de tâtonnements et de "vas-y que je te cherche", sont des morceaux de vie qui me mettent dans un état proche de la prise de champignons hallucinogènes mixés au bulghour polonais avec une goutte d'absynthe.
Tout change, le quotidien se colore, le réel frôle l'irréel, on vit en apesanteur, on ne dort plus, on mange à peine, le corps sécréte des machins qui terminent en -phines- et qui rendent conquérant, et heureux. Heureusement que cet état ne dure pas, on décéderait tous à 30 ans, emportés par un infarctus violent que même l'application pour iPhone "arrêt cardiaque" ne pourrait prévenir ou guérir.

Alors comment vivre quand on aime que les commencements et que l'on hait les conclusions ? Vivre comme Jean Guitton : "vivre dans le temps qui commence, plein de promesses". Chaque journée qui commence peut cacher moults surprises. Et si on granularise davantage, chaque commencement de tout peut abriter quelque chose de neuf :
monter dans le bus : "tiens, peut-être qu'aujourd'hui y'aura Louise Bourgoin dans le bus !"
arriver au boulot : "tiens, peut-être qu'aujourd'hui la connexion à Facebook va fonctionner !"
entrer en réunion : "tiens, peut-être qu'aujourd'hui on va y apprendre des trucs vraiment intéressants !"
manger à la cantine : "tiens, peut-être que ça va être bon aujourd'hui !"
faire les courses : "tiens, peut-être que tout sera gratuit pour une fois !"
rentrer à la maison : "tiens, peut-être que ma femme, mon mari, mon chien (rayez les mentions inutiles) m'attendra totalement nu sur le canapé ce soir !"

Vous l'aurez compris, pour tordre le bras au temps qui passe, nous rapprochant chaque jour un peu plus du trépas qui pique, il faut se rappeler à chaque instant de vivre le présent comme le début d'un truc.

Cet article touche à sa fin, ça me fait mal, mais il signe le début d'un prochain nouvel article, et ça, c'est beau.



"Oh John, j'ai si peur du temps qui passe, vous ne m'aimerez plus lorsque j'aurais 80 balais et des prothèses de poignet !"
"N'ayez crainte Belinda, ça n'aura plus d'importance puisque d'ici là, j'aurais perdu la vue"
"John, j'ai mal aux cervicales à force de plier ma nuque nonchalamment en arrière...et que se passe t-il derrière-nous ? Y'a des gens ! Qui sont-ce ?"
"Belinda, c'est nous ! C'est une mise en abime, vous êtes si belle et si naive Belinda, j'ai envie de vous prendre violemment là comme ça, sans prévenir, sans lubrifiant, sa
ns fin !"

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K.


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Dieu 24/01/2012 00:15

Pour mettre fin à la faim dans le monde, je propose la fin du monde.
[tiré du programme electoral de Dieu intitulé "2012, année de la loose"]

Anne 22/01/2012 22:17

Tu es en forme !

Sékateur 22/01/2012 20:48

En même temps, le meilleur moyen pour qu'il n'y ait aucune fin, c'est qu'il n'y ait aucun commencement...