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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

Pastrèsnormal Activity

A l'heure actuelle, le cinéma d'épouvante connaît un paradoxe : plus de moyens techniques et numériques pour effrayer le chaland, mais un chaland de moins en moins impressionnable tant il est submergé d'actualités et d'images toutes plus violentes les unes que les autres dans les médias. Il est loin le temps où le public quittait la salle de cinéma en criant les bras en l'air, voyant arriver sur l'écran un simple train à vapeur (L'arrivée d'un train en gare de la Ciotat-Louis Lumière-1896). Bien souvent, la véritable terreur naît d'une ambiance oppressante, de ce qui n'est pas montré mais suggéré , plus que de déchirements de tripailles avec quelques éclats de boyaux à l'intérieur. De ce fait, depuis quelques années fleurissent des films d'horreur réalisés avec 3 ficelles et une gomme, des moyens anémiques pour plonger le spectateur au coeur de l'action. Car on ne le dira jamais assez, ce qui marche au cinéma, c'est l'identification immédiate. En filmant avec une caméro vidéo qui bouge tout le temps des gens sortis tout droit de nos quotidiens, l'enracinement de l'horreur chez le spectateur n'est que plus profonde. Le Projet Blair Witch avait lancé cette mode de belle manière, des films comme REC ont suivi le même procédé (explosion au box office) et dernièrement, entouré d'un énorme buzz, est sorti Paranormal Activity. Un buzz plus imposant que le pourtant déjà grand buzz  fait autour de Cloverfield, buzz accompagné par tous les médias français (même Taddei dans sa très géniale et bobo émission "ce soir ou jamais" a fait une ouverture d'émission avec le phénomène). La bande-annonce déjà utilisée sur Rec coûte que dalle, elle ne montrait que les visages des spectateurs visionnant le film et se convulsant d'horreur. Un principe qui attire la curiosité, rameutant les foules en salle par paquet de 12. Seulement voilà, ma surprise hier soir fut de taille en découvrant le film le plus ennuyeux de l'année. (ne pas lire cet article si vous comptez voir ce film, spoilers en série à suivre)

Le gimmick le plus utilisé pour ce film, et présent sur l'affiche (trés réussie d'ailleurs) est : "bonne chance pour dormir après ça". Une phrase assez formidable, laissant grande ouverte la porte à la peur. C'est vrai que c'est dur de dormir après ce film, puisque comme on a dormi pendant, après, on a plus de mal à roupiller. Mais prenons dans l'ordre les bons et les mauvais côté de ce phénomène qui fait juste l'effet d'un pétard mouillé

 

Le doublage :

 

Je vais rarement voir des films en VF. Je n'aime pas ça. Mais ayant choisi le cinéma le plus près par fainéantise congénitale, je me suis donc tapée le doublage le plus nul de l'histoire du cinéma. Même Amour Gloire et Beauté est mieux doublé, vous voyez le niveau.

 

Les dialogues :

 

On pourrait croire que dans un film d'horreur, les dialogues passent en second plan. Et pourtant ils sont essentiels, ils permettent d'ajouter à l'ambiance une once de panique. Des mots bien pesés peuvent terrifier. Ici, on croit rêver, les banalités s'enchaînent à la vitesse de la lumière  : "oh putain c'est quoi ça ?"  "hihihi, regarde je fais le débile dans la piscine"  "qu'est ce que c'est ?"  "je ne sais pas "  "c'était quoi ce bruit ?"  "y'a quelqu'un ?"  "alors là ça va chier !"  "ouh ouh y'a quelqu'un ?" ...et j'en passe et des meilleurs.

L'histoire :

Pour planter le décor on insiste  bien sur le fait que l'histoire est basée sur des faits réels (cela est contredit au générique de fin). Katie et Micah vivent ensemble dans un appart insipide (tout est calculé, plus les acteurs nous ressemblent et plus leur lieu de vie ressemble à nos logis, plus on flippe). La nuit Katie vit des phénomènes bizarres. Ils font venir un médium qui ne sert à rien. On apprend que Katie a des visions depuis ses 8 ans. Le médium conclut que le phénomène n'est donc pas lié au lieu, mais à Katie (qu'est ce qu'il est fort), il lui explique que c'est foutu, qu'il n'y a rien à faire, qu'il faut surtout pas jouer au Ouija, et que voilà salut ça fera 400 euros. Après les phénomènes empirent, Micah fait le cake et Katie pète un plomb (elle dort dehors en plein mois de septembre, ouhhh la grande folle !)

Les clés de la terreur (ou d'un profond ennui) :

Tout se joue dans la maison. Au début du film on aperçoit l'extérieur, on ne le verra plus pendant 1h30. L'idée : la claustrophobie et l'idée d'imprégner le cerveau du spectateur sur l'impossibilité d'une fuite. La pièce principale qui va s'imprimer dans vos rétines sera la chambre. Micah laisse la caméra tourner toute la nuit avec seulement une lumière indirecte. Résultat : on voit ce qui se passe à travers une clarté bleu-grise/sombre assez anxiogène. Au fond du couloir, deux portes ouvertes assez perturbantes, ici le jeu est de scruter l'image à la recherche des phénomènes. On s'attend à chaque instant au pire, mais en fait il ne se passe pas grand chose pendant la première heure. Le son est capital, il faut ouvrir les oreilles : ici aussi il est demandé au spectateur d'affûter ses sens, l'imagination fait le reste (parfois). Le timer de la caméra est essentiel : il permet de vivre en direct les événements et surtout de se rendre compte de la durée anormale de certains phénomènes étranges. Un escalier monte à la chambre. Il est impossible de le discerner la nuit, et c'est là que se passe beaucoup de choses. Ajoutons à cela les peurs viscérales : qu'il a t-il derrière le rideau ? Que va t-on voir en regardant dans le jardin la nuit ? Je veux pas rester seule dans le noir ! Est-ce que si je mange un chili au premier rendez-vous je risque de tout foutre par terre ? etc, etc ...

Les fameux phénomènes :

L'idée de départ est bonne, et surtout, elle parle à tout le monde. Que celui qui n'a jamais eu peur une nuit dans sa chambre ote son bras. Les peurs enfantines sont titillées mais dans l'idée seulement. Le 1 er phénomène est consternant : la porte bouge. Wow ! Là on se rassure en se disant "super, ils installent l'histoire, ils font faire monter la pression crescendo". Ensuite on se tape des journées à rallonge : Katie et Micah mangent un hachis parmentier, Katie se brosse les dents, Micah vomi son katreur, Katie et Micah lisent Femme Actuelle, Katie cherche des oeufs dans le frigo, putain que c'est long et que c'est chiant ! On attend qu'une chose : les nuits ! Je pensais sans cesse "mais couchez-vous bordel de merde, qu'on puisse voir des trucs paranormaux !". La nuit arrive, tu serres les dents, et puis...ben et puis rien ! Un grognement, une porte qui claque, une ombre, un craquement...olala ! Pendant une heure on enchaîne leurs journée de merde et des nuits incroyablement chiantes. Et quand il commence à se passer des choses un peu interressantes, on a juste déjà décroché depuis 60 minutes, on se rend compte qu'on a une crampe dans le genou et on se met à penser à ce qu'on va bouffer en sortant. Après avoir été lourd et inutile pendant 1h, Micah a enfin une bonne idée : mettre de la farine par-terre pour voir si oui ou non, quelqu'un rentre dans la chambre. Bon, on voit un sabot imprimé dans la farine. Oh putain, ils sont fantomisés par un marcassin ! Puis, la trappe du grenier est ouverte et ce sera LA SEULE FOIS où la caméra subjective sera utilisée à bon escient, bravo, faut le faire pour un film utilisant ce principe pendant 1h30 ! Puis scène jouant sur une peur connue dans le cinéma d'horreur avec une Katie bizarre qui reste debout au pied du lit pendant 3 heures sans le moindre mouvement. Mouais, pas mal. Enchaînement avec une scène assez perturbante où Katie mange le plancher, et malgré la terreur que cela pourrait susciter sous notre épiderme, on est anesthésié, on ne sent déjà plus rien.

Le final (foireux) :

Et tout ça pourquoi mes amis ? Tout ça pour faire basculer le film dans une histoire de possession à la con ! Le final ressemble à deux gouttes d'eau à celui de Blair Witch : comportement étrange d'un personnage de l'histoire, utilisation du cri, accélération du second personnage paniqué, découverte de la vérité (invisible à nos yeux), le bruit d'une montée des marches avec le doute "qui va monter ? que va t-on voir ?", et un phénomène qui fera bondir la salle de surprise, et ce sera la seule et unique fois après 1h30 d'emmerdement total. Et puis voilà, là où Blair Witch foutait les chocottes parce que la fin laissait planer des questions, Paranormal Activity gache tout, une fois de plus, en nous montrant une Katie ridicule avec son petit pyjama, reniflant la dépouille de Micah et nous balançant en dernier plan une image de démon débile, au cas où on aurait pas compris. Ridicule.

Est-ce que je me suis faite avoir alors ?

Il serait temps que les producteurs arrêtent de lancer des buzz déments sur des films aussi vides qu'une noix de cajou. En son temps, Open Water aussi avait roulé des mécaniques et par la même avait roulé des millions de spectateurs, rappelant qu'il n'était que le Oui-Oui et son taxi jaune des Dents de la Mer de Spielberg. Distiller la normalité pour amener la peur est une fort bonne idée, bricoler des films avec peu de moyens est une fort bonne idée, encore faut-il s'élever au dessus du bulot pour espèrer foutre la trouille aux gens. Depuis quand on n'a pas eu vraiment peur au cinéma ? Moi je vais vous le dire, depuis l'Orphelinat excellent film de genre de Juan Antonio Bayona, protégé de Guillermo Del Toro, bonjour la classe. Donc en gros j'ai perdu 21 euros hier soit (j'aurais du me faire inviter, bordel) et je suis frustrée de la bobine.

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Ikazuya 14/12/2009 02:54


Je "plussoie" ton article ma petite sœur, j'ai pas encore eu l'occaz de chier sur le film sur mon blog mais ça va venir (jai aussi cette funeste chiotte de Twilight 2 à basher) la seule différence
c'est qu'on a pas payé nos places nous, et heureusement, déjà que j'avais pas envie d'aller le voir parce que je déteste sursauter étant très réactif car très plongé dans les films que je regarde
habituellement, là heuu j'ai sursauté 2 fois et c'est tout....Quand je me rappelle de la bande annonce où on voyait des gens terrifiés dans une salles de ciné... Bref je pense que ce film vaut peut
être le coup chez soit dans le noir avec pas de bruits et encore si on vous donne le DVD avec en + 50€ et un menu B2 au Japonais du coin....


yal 13/12/2009 20:53


Je me doutais un peu que ça n'en valait pas la peine.Le principe de Blair Witch etait tres efficace car très innovant.
C'est l'inconvénient de toute idée innovante et de qualité ( faire de la qualité avec des procédéS simplissimes, le summum de l'art), c'est que ce procédé ne pouvait pas etre copié sans courir le
risque d'etre une médiocrité des plus plates.
Simplicité et talent, c'est la classe.Y'a les vers simples de Beaudelaire..et les vers simples de Didier Barbelivien.C'est pas pareil.


requiem29 11/12/2009 19:26


Blair Witch, je l'avais regardé un soir chez moi, dans le noir, seul, et à un moment, j'avais rallumé toutes les lumières de l'appart. REC, pareil, une trouille d'enfer (si on le regarde dans de
bonnes conditions, bien concentrés, la fin est absolument terrifiante). Paranormal activity, je l'ai vu en espérant trés fort, et au bout d'un moment, je me suis réveillé moi mème tellement je
ronflai fort...


rousse46 11/12/2009 19:25


Déjà que je voulais pas le voir, comme ça ça confirme mes doutes. Je me suis emmerdée comme un rat sec devant Projet Blair Witch, alors je pense ne pas avoir la subltilité requise pour ce genre de
spectacle... (putain, 21 euros, même à deux, l'arnaque du siècle !!!)


c'est moi qui commande ! 11/12/2009 16:30


21 euros car deux personnes. Pas un pop-corn (je déteste les cons qui passent la séance à bouffer), ni une goutte de liquide. Quant à l'affiche, je la trouve réussie parceque le plan de la chambre
de nuit est la seule et unique chose un peu angoissante du film. Vala