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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

Les aventures rocambolesquement pitoyables d'un phacochère au pied d'un conifère

Là où se passe notre scène avec du drame, de la dramaturgie, des sanglots et un peu de brouhahaha fiévreux : sous-bois à Fontainebleau, un dimanche d'automne à 4h78 du matin ...

 

Le phacochère se posait une question existentielle terriblement angoissante qui lui faisait tomber le crin du dos :

"pourquoi avait-il été conçu pour et uniquement pour renifler la terre en quête de glands ?"

Il trouvait cela tellement frivole.

 

Cela avait-il un sens ?

Déjà d'être là, posé sur 4 sabots, et équipé d'un groin bruyant...ensuite, cette mission ridicule, chaque nuit, humer et soulever la terre poudreuse, en prendre plein les yeux, se taper des conjonctivites à répétitions tout ça pour quoi ? Pour trouver un vulgaire fruit d'arbre : un gland.

Bon, et après ? Dans quel but ?

Il se demandait si le gland était arrivé avant le phacochère.

Il se demandait aussi s'il avait une grande mission à accomplir ici, dans cette vie, dans cet Univers...

Il fixa un gland et maugréa : "je ne sais plus qui je suis".

Non, il ne savait plus qui il était. D'ailleurs l'avait-il déjà su ? Il réfléchit un long moment.

Quelques secondes plus tard (pour un sanglier, la seconde équivaut à une heure), il constata qu'effectivemment, il n'avait jamais su ce qu'il était vraiment et ni même pourquoi il était là.

Son bon sens porçin lui souffla qu'il n'y avait pas à tant se torturer l'esprit, et que tant que le jour se levait et que les glands tombaient des arbres, tout allait bien.

 

Oui mais pourquoi ?

POURQUOI : ce mot lui était apparu en songe, comme ça d'un seul coup. D'habitude, il rêvait de courses effrénées dans les sous-bois, de chênes lièges immenses et généreux en fruits, ou parfois lors de cauchemars, de bruits, de cris, d'odeur de poudre, de scènes d'histoires naturelles à grands cris et coups de cors et de fusils.

 

POURQUOI lui était apparu et il s'était réveillé tout agité et tout en sueur. Et un sanglier qui sue, ça ne sent jamais vraiment bon, ce qui lui a déjà valu pas mal de désillusions sentimentales, mais là n'est pas le sujet.

Ainsi, pour la première fois de sa jeune existence sauvage, il en vint à se demander pourquoi il était là, et qui il pouvait bien être. Il se sentait triste et ronchon depuis cette prise de conscience.

C'est vrai quoi, avant sa vie était si simple : dormir, manger, procréer, humer, dormir, manger...

Mais depuis qu'il réfléchit, tout va mal. Il a peur.

Il se demande si tout cela va finir, si un jour, par surprise ou par hasard, un élément extérieur ou une rupture du sabot ne va pas mettre un terme à toutes ces belles journées à se rouler dans le feuillage.

En plus, pour ne rien arranger, il angoisse. Avant, il ne faisait pas attention à ses maux de dos...mais maintenant qu'il y pense, il se demande si tout cela ne cache pas un cancer des omoplates.

Cela l'empêche de dormir. Et le manque de sommeil n'arrangeant en rien son humeur, il se rend compte que c'est un cercle vicieux.

 

En plus, il ne mange plus. Tout ça à cause de Firmin le daim. Notre fougueux facochère est tout troublé quand il voit Firmin. Mais dans les bois, on ne parle pas de ces choses là.

Et du coup, il le garde pour lui ce sentiment bizarre qui lui pique l'intérieur, à peu près au-dessus de là où se terrent les glands pendant la digestion. Quand il voit Firmin, il est essouflé, son coeur s'accélère comme lorsqu'il tente d'échapper aux humains mais en plus agréable quand même.

Il ne comprend pas ce qui lui arrive et ça l'angoisse. Il aimerait bien en parler à quelqu'un, mais il sait qu'on se moquera de lui, et la honte, c'est pire qu'un gland qui passe mal. Il ne veut pas vivre ça.

Mais dans sa tête, il n'arrête pas de chanter des chansons de Céline Dion :

 

"Firmin, il s'appelle Firmin

Je suis folle de lui

C'est un beau daim pas comme les autres

mais moi je l'aime c'est pas de ma faute

même si je saiiiiis, qu'il ne m'aimera ja-mais...

Oui je sais il préfére les biches

je devrais me faire une raison

essayer de l'oublier

mais..."

 

Bref, notre valeureux phacochère se rendit compte qu'il n'aurait jamais dû ramasser cette lampe magique, qu'il n'aurait jamais dû faire un voeu, qu'il n'aurait jamais du faire CE voeu : avoir un cerveau humain.

 

C'est parfois tout pourri d'être humain.

 

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Orchéon 13/09/2012 13:58

cette histoire c'est vraiment de lard, j'adhère avec mon caractère de cochon. je dirais même plus j'adore..XD

le pro-phète 11/09/2012 10:51

Excellent!!le philosophie du phacochère c'est à mourir de rire!

Dieu ... fut charcutier 10/09/2012 22:44

Dieu a une soudaine et étrange envie de saucisson.