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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

C'est bon p'tin, j'vais pas crever, j'me suis taguée !

On prend des habitudes à la con, on s'auto-esclavagise tout en braillant haut et fort :
"j'suis pas un putain de mouton, je suis libre !" (à lire avec une voix de jeune prépubère qui mue mollement).
Et cette prison que nous nous construisons tranquillement s'appelle : l'univers multimédia que l'on pourrait aussi appeler l'univers monovie.
Ainsi donc, déjà encombrés par nos deux bras, notre surpoids et les paquets de noeuds de notre passé, nous nous sommes allégrement ajoutés des smartphones, des ordinateurs et des tablettes qui nous donnent l'illusion d'être en permanence reliés au monde. On ne veut pas être fiché, on conchie les vaccins parceque, quand même, on ne sait même pas ce qu'il y a dedans, on veut pas de vis-à-vis dans notre logement, par contre on adore tout balancer (le slip et le reste) sur les réseaux sociaux.
Ce paradoxe humain est l'un des plus incompréhensibles et des plus amusants de ces 10 dernières années.
Le "pour vivre heureux, vivons cachés" s'est muté sans qu'on n'y prenne garde en "pour vivre heureux, vivons tagués".
Oui, car vous aurez sûrement remarqué que les accros aux réseaux sociaux ont une drôle d'habitude compulsive totalement sociopathe qui fait très peur : partout où ils vont, ils se taguent.
Pour les non-geek, "se taguer"  permet de dire à tout le monde où l'on est. Cela n'a aucun intérêt particulier, sauf si vous voulez être retrouvés, ou si vous voulez prouver quelle vie sociale richissime vous avez. Vous en conviendrez avec moi, dans les deux cas, c'est très con.

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Ainsi, cela permet d'assister à des scènes au fort potentiel comico-tragico-ridiculo-et plein d'autres trucs en O : vous donnez rdv à vos amis au cinéma. La séance va commencer, et vous détester rater la pub 3D des M&M'S avant le film. Vous trépignez, les voilà, ils arrivent enfin, vous vous jetez tous dans la salle sur les derniers fauteuils restants. La lumière est déjà éteinte, vous êtes soulagé, et là, sans crier gare, Raymond balance : "rhoooo putain j'me suis pas tagué !". 
traduction pour les non-technophiles : "ah la merde, j'ai pas précisé où j'étais en ce moment sur mon réseau social et si je le fais pas, sûr que je vais crever, ou au pire j'vais perdre un oeil, mais si je perds un oeil, je peux perdre les deux, et qui dit pas d'oeil dit pas de réseaux sociaux et là, punaise, j'peux me foutre en l'air direct en me balançant une enclume sur le pied, ma vie n'aura plus aucun sens. Et surtout faut que je montre à Micheline de la compta que j'ai une vie, parce que cette truie elle reste chez elle tous les soirs bloquée devant sa télé , et demain je veux qu'elle soit jalouse, que ça lui donne de l'herpés et qu'elle balance l'info à toute la boîte parce que si Gudulle des R.H sait que j'ai une vie et des amis, elle voudra sûrement coucher avec moi !"

Là, le film commence, et le Raymond, pas dérangé pour un sou, avec son écran super Rétina qui déchire les rétines et le globe oculaire, il se connecte à son réseau social en beuglant : "y'a pas de réseau dans ce ciné, bordel ça rame !"

traduction pour les non-technophiles : "rhaaa mais c'est quoi ce réseau indoor de merde là ! Bien la peine d'être en plein Paris pour se taper du 2 kbits /s de réseau GPRS, mais évidemment avec ces putains de murs en moquettes triple-epaisseur et les brouilleurs d'onde, ben le temps de connexion est rudement ralenti, et quand ça ralenti, ben c'est plus lent, et quand c'est plus lent, ben c'est pas rapide, et si c'est pas rapide, je perds mon temps, et le temps c'est du poke, faut que ça marche merdeee, allez connecte-toi !"

et là, il se tague. Il est fier de lui le Raymond, et surtout il a l'esprit tranquille pour regarder son film, car il est tagué. Oui, maintenant sur son parquet (mur) de réseau, y'a marqué un truc qui vient de changer la face du monde : "Raymond est au cinéma PathéTruc à Melun". Et en plus, y'aura toujours un con pour répondre : "Kikou, lol !".


On n'est pas loin du T.O.C quand même. L'impossibilité de taguer pour diverses raisons (pas de réseau, pas de mains, trop pas le temps car en plein galop sur un quai pour choper un train, en plein coït, pour pas avoir l'air dépendant, pour pas avoir l'air con) rend les accros malades. Ils font des suées sous la voute plantaire ce qui crée mycoses et autres psoriasis du gros orteil et au final, ça fout la vraie vie sociale en l'air dans les cabinets des toilettes et hop.

Un conseil tout de même : si vous connaissez un tagueur compulsif, laissez-le faire, il pourrait vous violenter.

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En groupe de tagueurs, c'est encore plus drôle. On se donne rendez-vous à la sortie du métro, on se dit : "bonjour, ça va", on papote vite fait en allant au restaurant, pour le moment tout le monde est calme. Car oui, parfois l'accro au tag se raisonne et sait profiter des vrais moments de la vie. Mais très vite, ça dérape. Une fois au resto, on quitte le manteau, on s'installe, et là, au lieu de prendre le menu et de commencer à imaginer ce qu'on va se coller dans la panse, hop, de concert, tout le monde sort son smartphone, et, fébrilement, tremblotants, chacun se tague, c'est presque au premier qui l'aura fait, le dernier n'étant qu'une vil tapette des bois.
Oui, le gang-bang de taguage, c'est pire que le reste, ça peut faire peur.

Et puis se taguer, c'est tellement essentiel : "Delphine est aux toilettes, elle fait caca à Montreuil". Super, super. Je ne suis pas sûre que Philip K.Dick ait imaginé l'avenir comme ça...

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le pro-fête 28/03/2012 19:56

c'est le face-bauf actuel!Dans quelques années, aussi ringard que les paroles débiles de certaines chansons des années 60 et suivantes...à chaque époque ses tares! Mais d'ici là les pratiquants
actuels auront rejoint le club du 3ieme âge (qui recrute ses membres de plus en plus tôt). Un certain Werber propose d'apprendre à penser autrement, mais pour cela il faut d'abord apprendre à être
libre!

Sékateur 27/03/2012 18:34

Je suis chez moi, devant mon PC et je poste un com' qui sert à rien...

Orchéon 27/03/2012 10:15

j'ai bien rigolé avec votre article, mais en y réfléchissant,(ça m'arrive) ça fait peur. je ne suis pas vieux, mais je suis largué dans cette société ou l'on consomme du temps virtuel autant que
objets inutiles. (une méga éruption solaire et il y aura une recrudescence des suicides du pied...)