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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

Aleyna et le refuge de l'arbre.

Aleyna est une petite fille de 3 ans ; ce genre de fillette qui amuse, tant sa répartie semble invraisembable dans si peu de vécu et un si petit T-shirt.

Aleyna a LE truc en plus, cette petite chose spéciale que tout le monde n'a pas, et qui fait d'un humain un être à part. Son aura est à nulle autre pareille, et sa jolie petite mèche qui recouvre son front semble cacher l'inaccessible...son monde intérieur, fortifié et déjà si puissant.

 

Il y a quelques jours, Aleyna a découvert l'école. Vous vous souvenez tous de ce traumatisme et de la craie courant sur le tableau noir, qui faisait serrer les dents

La maternelle, c'est sérieux. On y découvre une première image de la société, celle qui nous accompagnera toute notre vie : il y a du monde, il y a du bruit, on y découvre les obligations, les règles, et surtout, oui surtout, on y découvre les particularités humaines jusque là simplement murmurées dans les dessins-animés.

La jalousie, la colère, la frustration, la méchanceté, l'hypocrisie, le mensonge, tout ce qui tord et est retors en l'Homme.

 

Aleyna aime l'école, mais elle n'aime pas les autres enfants. Oh non, ne croyez pas qu'en Aleyna sommeille une associale future geekette accro à Facebook et Twitter. Elle a beau regarder Dora sur son iPad, c'est au-delà de ça.

Aleyna ne vit pas au même étage que tous les autres enfants de son âge.

Aleyna est dans d'autres sphères.

Aleyna voit au-delà des jeux puérils de ses collègues de cours de récré. Se tirer les cheveux, se mettre des coups sur la tête, se moquer d'un autre, hurler, crier, faire du bruit pour le simple plaisir d'atteindre des décibels rarement atteintes ailleurs, tout cela indiffére totalement Aleyna.

Elle ne les comprend pas ces enfants, elle trouve qu'ils sont un peu bêtes...

Elle n'adhère ni à leurs jeux, ni à leurs habitudes et elle sent au fond d'elle-même quand les parents reviennent, que certains adultes sont pareils. Eux aussi sont bruyants et parfois un peu sots.

 

Alors Aleyna crée sa psycho-bulle. Elle y est bien, parce que le monde dedans la tête est si riche et si puissant, qu'il lui apporte ce qu'il faut. Bien sûr elle partagera des choses avec les autres...mais pas quand ils sont si nombreux, pas quand ils sont si bruyants. Surtout pas. Du groupe et du bruit ne naît que la bêtise.

Aleyna ne le sait pas encore, mais les solitaires sont l'avenir du monde : ils ne s'ennuient jamais, et leurs mondes intérieurs sont si riches, qu'ils deviennent des humains épanouis auprès desquels tout le monde veut être.

 

Dans cet océan de cacophonie et d'incompréhensions, comme bouée d'ancrage, Aleyna a trouvé un arbre.

Cet arbre, elle le rejoint chaque fois qu'il faut sortir. Seule, elle se pose à ses côtés, et parfois, loin du brouhaha infantile, elle lui parle :

 

Aleyna : "bonjour mon arbre"

l'arbre : "bonjour Aleyna, comment vas-tu aujourd'hui ?"

Aleyna : "je vais bien"

l'arbre : "tu ne veux pas jouer avec les autres enfants ?"

Aleyna : "non, je préfere rester là avec toi. Toi au moins, tu es calme"

l'arbre : "oui, mais je n'ai pas de bras ni de jambes pour jouer avec toi"

Aleyna : "ça m'est égal. Tu as déjà tout à mes yeux : un tronc derrière lequel me cacher, des branches auxquelles m'accrocher, des feuilles qui protègent mes rêves et surtout, ce que j'aime chez toi, c'est que tu es bien accroché au sol tout en ayant la tête bien dressée vers le ciel !"

 

Evidemment, les grands ne comprennent pas son isolement. Mais s'ils savaient ! S'ils savaient comme voyager auprès de cet arbre est un bonheur absolu !

On apprend plus auprès d'un arbre bercé au gré du vent, qu'auprès d'un enfant braillard.

 

Hier, elle a montré l'arbre à sa maman. Un arbre choisi, et donc un arbre spécial.

Il sera son compagnon : un peu, beaucoup, longtemps, ou pas...

Un jour sûrement, un autre enfant la rejoindra près de cet arbre, et, au premier regard, ils sauront déjà l'un l'autre qui ils sont. D'un simple regard.

 

Larbre-et-lenfant-a24360501.jpg

 

photo de Karinafleur, 2011

 

 

 

 

Merci à Aleyna et Séverine sources d'inspiration de cet article. Merci à elles d'exister. Merci à Aleyna de me rappeler ce que j'étais à son âge et de m'embarquer dans un océan de nostalgie.

Un jour, la porte s'ouvre et on est prêt. Prêt à vivre avec les autres mais sans jamais oublier de conserver ses précieux mondes intérieurs.

Et je me dis, dans ce monde insensé et si violent, que lorsqu'un être humain se détache du groupe, et cherche le réconfort auprès d'un arbre, symbole de la Nature dont nous sommes issus, cela doit nous redonner de l'espoir pour le futur.

Un jour, je raconterai cette histoire à Aleyna, et je lui dirai ceci : "si tu es différente, c'est une richesse. Cultive-la toujours. Et si cela ne convient pas aux autres, fuis-les, tu as un trésor au fond de toi, garde-le précieusement et vis ta vie comme personne, car tu es quelqu'un."

 

Et vous chers adultes, si vous n'avez pas touché un arbre depuis longtemps, faites-le. S'emerveiller n'est pas réservé aux enfants.

 

Et pour prolonger l'expérience, deux autres fillettes différentes qui vous feront sourire :

Violette grande soeur d'Oscar Pill dans les romans éponymes d'Eli Anderson aux éditions Albin Michel, tome 5 à paraître en octobre.

Mais aussi Zizi Chauve-Souris de Guillaume Bianco et Trondheim aux Editions Dupuis.

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Orchéon 13/09/2012 13:49

magnifiquement conté, faisant resurgir des souvenirs d'enfance.

le pro-phète 12/09/2012 10:41

Que dire? Rien, tout est dit...la force (la vraie) est avec ces êtres si riches intérieurement qu'ils traversent le vie en essemmant sur leur chemin des graines de cette "intelligence" qui,
souhaitons le, façonnera une nouvelle société en gestation pour une renaissance encore bien lointaine...