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Les 100 ciels

une globule méchante jetée nonchalamment sur le monde

Et il leur dit : Mangez de la merde mes agneaux, car l'Enfer gustatif est sur Terre. Verset 346.78

Plusieurs signes trahissent les restaurants piégeux à touristes des bords de mer :

- VUE IMPRENABLE. Tout le fric a été mis dans la terrasse. La vue sur le port est magnifique, tu peux manger à 2 mètres cinquante de la voile d'un bateau, tu entends les floqui-floqua de la marée pendant ton repas (en fait ce sont les sacs plastiques rejetés par les plaisanciers), le dépaysement est garanti. Les gens se bousculent pour avoir une place comme celle-là. Peu importe s'ils ont de la merde dans leur assiette, ils mangent à côté du gros gréement.

- CHOIX DE FOUFOU. La carte est trop variée pour être honnête, 47 pages ça commence à faire beaucoup pour un menu. Le cuisinier sait faire (dans l'ordre d'apparition) : des crêpes, des choucroutes, des pizzas, des poissons croustillants, des pièces du bouchers, et parfois même des nems. Sans compter qu'il maîtrise tous les desserts. Et il n'a aucune étoile ? Y'a de ces injustices sur Terre quand même !

- ON FAIT TOUT, ON PEUT MÊME INJECTER UNE RESINE SPECIALE DANS VOTRE PARE-BRISE EN CAS D'IMPACT. La devanture n'est pas très claire : bar-glacier-restaurant-salon de thé-fruits de mer-vente à emporter...Ok mec, à un moment donné faut choisir. Si tu me fais la frange pendant que je mange la crème brûlée, c'est qu'il y a anguillet sous le rocher.

- ICI ON AIME LA NATURE HUMAINE, LES LOUTRES, ET LA PAIX DANS LE MONDE.  Les serveurs ne sont pas comme les routiers, ils ne sont pas sympas. Quelle idée aussi de les emmerder à venir diner, vous n'avez pas de maison ? Disons que pour faire un comparatif, je préférerais laisser mon chiot en garde chez Christine Boutin que chez eux. Ils n'en ont rien à foutre de la gastronomie et du savoir-vivre, ils ne sont pas là pour fidéliser de toute façon, et pour peu que tu reviennes dans 20 ans, t'auras oublié.

- ICI, TOUT EST FAIT MAISON (Et c'est bien ça le problème). Les client autour de vous ont du mal à avaler chaque bouchée, voire vomissent discrètement dans le port. En général, vous remarquez ce détail quand il est déjà trop tard.

Et donc malgré tous ces signaux, je suis allée manger dans un de ces troquets dégueulasses...

Hier donc, profitant d'un temps estivalier fort plaisant, le vent marin carressant ma peau tanée par les épreuves (je fais beaucoup la vaisselle), je suis allée à Honfleur. Alors déjà, je ne sais pas trop ce qui s'est passé, parlons ainsi immédiatement de distorsion des souvenirs par le temps qui passe (et l'alcool accumulé).

La distorsion des souvenirs, pourquoi, comment et surtout pourquoi les amis ?

J'avais un excellent souvenir d'Honfleur : blanc, calme, beau, des peintres, un petit coin bien bucolique. Allez savoir ce qui a bien pu se passer en 20 ans (explosion démographique, vision naïve des choses, ou tout simplement, j'ai vu d'autres lieux depuis) mais c'est juste devenu un coin bondé, avec des restaurants à la con autour d'un port en U. En tout cas, c'est la sensation que j'en ai eu hier après une journée à Etretat qui ressemblait à un pélerinage à Lourdes (montée aux falaises en file indienne, purée mais on se reproduit trop vite !). Faut aussi bannir les places à galets, y'a toujours des grands cons pour passer la journée à balancer des cailloux dans les cailloux, ce qui n'a aucun intérêt, mais faut dire aussi qu'on s'emmerde sur une place à galets, tu peux pas poser les coudes pour faire tes mots casés.

Alors donc, Honfleur qui m'apparaissait dans mes souvenirs comme un endroit trop kawaï, s'est révélé être fort déplaisant, surtout à cause de ce foutu restaurant où j'ai osé me sustenter. Autour du port, tu as le choix entre 50 restos, j'ai dû prendre le pire. Ce qui s'appelle aussi la Loi de Murphy de la pauvre pomme qui a Trip Advisor dans sa poche et qui ne pense même pas à vérifier.

Un conseil : regardez toujours des sites de type Trip Advisor avant de vous arrêter bouffer quelque part, cela vous empêchera quelques déconvenues intestinales ou tout simplement gustatives. Fuyez le restaurant rive droite dont le nom commence par un B, et qui mélange le nom d'un plat à homard avec un synonyme de petit flirt.

 

Déjà, ils avaient des grosses moules. Je sais, dit comme ça, c'est très agressif. Mais c'était un premier signe apocalyptique. L'apéro était coupé à l'eau et les glaçons fabriqués avec la flotte du port (ou du porc, du coup je ne sais plus). Second mauvais indicateur. Le serveur est si souriant, si aimable qu'on envie sa joie de vivre qui illumine la terrasse de sa bonne humeur contagieuse. On a presque envie de s'accrocher  à lui et de se frotter sur son tablier en mode Lambada. En face de moi, une famille reçoit ses plats, après un temps d'environ deux secondes, tous se regardent effarés, limite dégoûtés. Je veux fuir, mais c'est déjà trop tard, ma bonne éducation m'en empêche. J'aurais dû me barrer, et même me barrer en urinant sur leur chaise. Mais je ne l'ai pas fait car Jésus a dit : "Tu payeras ton repas au restaurant".

Les moules marinières ne sont pas au vin blanc, non messieurs dames, ici t'es à la mer, donc elles sont à l'eau de mer, c'est comme ça, c'est régional, c'est cadeau, c'est bon pour le teint. Le saumon est croustillant parce que sa peau est trop cuite, sinon il est juste comme le saumon de la cantoche. Un couple s'installe on lui murmure un "fuyez malheureux !" digne d'un épisode de Scream. Ils fuient en nous remerçiant. Au moment de payer, on se plaint, la patronne a la grande bonté de nous offrir les moules et là, l'échange est une pure petite merveille digne de figurer dans ma grande Encyclopédie de la Connerie :

 

La patronne : "ah mais moi j'suis pas là pour voler les gens ma bonne dame, je vous offre les moules, et l'eau de mer qui va avec !"

la cliente : "si j'ai un conseil à vous donner, arrêtez de servir de la merde, de la merde hors de prix en plus !"

la patronne : "ah non mais ma bonne dame, vous seriez venue manger chez moi ça aurait été bon, pas comme ce qu'il vous a envoyé"

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Ah purée, comme j'aimerais bosser avec quelqu'un comme ça qui défend son petit personnel et son commerce, en avouant que oui, elle mange mieux chez elle et que son restaurant sert effectivement de la merde, mais vous comprenez, elle a récupéré un cuisinier itinérant, sa femme a un pied-bot, son chat aussi, fallait bien lui donner un boulot, on fait pas toujours s'qu'on veut hein !

Ah oui, ben d'accord, ça va mieux en le disant !

Bref, je hais ces restaurants de merde, dirigés par des manants qui n'en ont rien à foutre de leur métier et des autres, et qui seraient heureux de pouvoir te jeter ton assiette à la gueule, et qui méritent un seul fléau : que tout le monde se barre sans payer (et finalement sans manger, c'est trop déguelasse).

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K.


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